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Mon cheval est-il heureux?


Mon cheval est-il heureux ?

et Le Cavalier ce prédateur mal assumé

Articles de Virginie Bernhard

Mon cheval est-il heureux ?

J'ai cherché réponse à cette question toute ma vie. Bien que je pensais déjà avoir la réponse. (je me trompais à moitié)

De dresseuse je suis devenue, enseignante puis comportementaliste et enfin "soigneuse"... (car en les écoutant j'ai compris qu'ils avaient souvent mal)

J'ai regardé l'équitation sous tous les angles. Écouté les chevaux de milieux très différents. Et j'en ai déduit (avec étonnement) qu'ils se fichaient presque du sort que nous leur réservions, tout ce qu'ils demandent c'est que notre "eau" soit paisible et que nous soyons constants dans nos actions. C’est-à-dire que nous soyons calmes en toute circonstances. On peut être, ferme mais calme, exigent mais calme et doux mais calme, si l'on rajoute une vraie logique dans nos gestes, les chevaux se sentirons presque heureux.

Après des années de recherche, j'en ai déduit qu'un Criollo de travail qui bosse 9 heures par jours avec un mors tordu et des éperons rouillés portant un gaucho constant dans son travail et qui n'y met pas d'émotions (ni de frustrations) personnelles, souffrait moins, qu'un Selle Français ayant les meilleurs soigneurs et le meilleur matériel qui soit et qui appartient à une "dame" bourrée de problèmes existentiels qui les transfères sur son cheval tous les week-end malgré son "amour" pour lui...

Dans la même journée, je peux croiser un trotteur (de course) joyeux et joueur et plus tard un cheval de thérapie malheureux comme tout.

Depuis cette découverte, je ne juge plus par catégories, les "sans mors", les compétiteurs, les randonneurs, les dresseurs, les pros, les débutants...

Car on peut avoir des surprises, et c'est ce qui est fantastique.

C'est lorsqu'on accepte leur liberté que nous devenons…libre.

Virginie Bernhard

 

Le Cavalier ce prédateur mal assumé

La plupart des gens viennent me trouver dans le but de mieux comprendre leurs équidés, ils prennent un cours ou deux et espèrent tranquillement qu’avec quelques conseils ils seront enfin éclairés.

Le souci c’est qu’ils arrivent remplis de mauvaises idées ou habitudes et qu’il me faudra beaucoup de temps simplement pour les leur enlever, ensuite seulement ils pourront entendre et enfin comprendre donc faire… et je ne parle pas de leurs chevaux, je m’explique.

Pour mieux les comprendre il faut retourner auprès de l’animal équidé, non pas de la monture ou du cheval copain (ou ennemi) que nous avons « fabriqué ».  Si vous voulez le comprendre il vous faudra tout d’abord lui enlever son nom.  Oui vous avez bien lu. Maintenant observez-vous ? Qu’est-ce que cela bouge en vous ? Si cela vous est réellement égal vous êtes prêt, si cela vous dérange et vous déstabilise, vous ne l’êtes tout simplement pas.

Enlevez toutes les projections et frustration personnelles, car elles ne lui appartiennent pas.  Enlevez-lui le harnachement (même celui acheté avec « amour » ou avec toute vos économies). Enlevez-lui son devoir quotidien, tel que le concours de samedi ou la ballade de dimanche. Et observez-le. Vous avez alors déjà franchi une étape, celle de la réelle motivation à mieux le comprendre.

Kiki, le peureux, n’existe plus, Bella, la douce s’en est allée, Loulou le dadais n’est plus.

Il vous reste un cheval. Que vous ne connaissez pas. (croyez-moi)

Il est temps de s’occuper du cavalier. Commencez par vous posez 3 questions : Pourquoi j’aimerais mieux comprendre mon cheval ?, suis-je prêt à l’entendre ?, saurais je l’écouter ?

Dans mes nombreux déplacements pour des « lectures » (traduction de ce qu’essaye de nous dire les chevaux et leur corps), il m’arrive régulièrement d’effectuer des traductions d’un cheval à son propriétaire, selon le diagnostic j’ai parfois de très grandes déceptions ou encore des propriétaires totalement sourds à mon diagnostic car celui-ci ne vas pas dans le sens des intérêts personnels ou professionnels.

Ainsi, j’ai déjà constaté des chevaux souffrant, parfois le martyre, (lombaires fissurées, lombago, bascule de l’os du pied, énormes ulcères, etc…) et le lendemain, ils étaient mis au travail comme si de rien n’était…

Parfois un cheval me dit clairement que ce dont il souffre, ne lui appartient pas, mais appartient à son plus proche cavalier. Donc il faut traiter le cavalier et non l’équidé.

Si nous sommes prêts à entendre ce qu’a à nous dire notre cheval, il est grand temps d’accepter le tout.

J’avoue que ces dernières années je disais tout ce que je trouvais et ne supportais pas même l’idée d’un animal qui doit travailler dans une souffrance quelle qu’elle soit. Donc je mettais un point d’honneur à tout « traiter » (ou à tout faire « traiter ») avant d’envisager qu’on remonte sur son dos. Mais, je constatais que les clients se raréfièrent et qu’au lieu de soulager le plus de chevaux possible, j’effrayais les propriétaires qui n’osaient plus venir et sans doute, avaient-ils peur de passer pour des tortionnaires à mes yeux.

Il fallait que je trouve une alternative, une étape intermédiaire. Rassurer, ne pas tout dire et traiter le plus urgent. Les chevaux parfaitement sains n’existent pas dans notre société. Il en va de même dans la nature. Sauf que dans la nature, la prédation n’est pas loin et elle fait son boulot, elle.

Tout d’abord nous ignorons leurs souffrances, mais lorsque l’on est enfin mi au courant par une personne compétente, soit nous tombons dans le déni et continuons comme si nous n’avions rien entendu, soit nous culpabilisons et essayons de trouver une solution mais sans trop arrêter de le travailler non plus. Dans les cas plus grave on décidera peut-être de le mettre « à la retraite » … comme si un cheval avait besoin d’une retraite. Retraite de quoi ? Retraite d’amour ? Retraite de soins quotidiens ? Retraite de mouvement et de stimulation journalière ?

On va le mettre dans un grand parc avec des copains, (qui n’en sont pas) et on ira le voire les jours de grand beau (au début ensuite de moins en moins surtout qu’à l’arrivée du nouveau cheval on a moins de temps).

Un cheval qui a bien souvent été conditionné à un certain type de vie. Boxe avec soins quotidiens, sans avoir à gérer son alimentation et encore moins sa hiérarchie. Travail routinier afin de ne pas perdre sa condition physique et j’en passe. D’un coup, le voilà « libéré » de tout cela, « prend ta retraite si méritée mon brave ! » devrait plutôt se traduire par : « bon débarra, à moi un nouveau cheval tout neuf ! » Pour lui commence une vie déstabilisante, perd sa condition rapidement, s’il a de la chance hiérarchiquement il mangera beaucoup (et risque de fourbure) soit il sera moins chanceux et attrapera des ulcères de stress. Alors qu’un cheval souffrant nécessite bien plus de soins qu’un autre. Dans la nature la loi de la prédation aurait déjà frappé.

Je ne juge personne ici malgré les apparences, je constate. Je ne juge ni les détenteurs de stabulation libre pour vieux chevaux (car cela mérite un article entier), ni les propriétaires qui eux, pensent bien faire.

Voilà, on y est, on pense bien faire. On pense bien faire, lorsqu’on graisse les pieds de son cheval, on pense bien faire lorsqu’on lui offre une selle sur mesure, on pense bien faire lorsqu’on le met en stabulation, on pense bien faire lorsqu’on lui enlève les fers, on pense bien faire lorsqu’on lui met 3 couvertures sur le dos, on pense bien faire lorsqu’on le fait courir dans le manège ou le parc… (mais je vais m’arrêter là)

On pense bien faire, mais c’est rarement le cas.

Car nous sommes des prédateurs.

Et nous pensons et agissons comme tel. (Sans parler de l’anthropomorphisme !)

Nous avons une vision binoculaire et stéréoscopique et pouvons fixer un point très précis / Les chevaux ont une vision panoramique, ils leurs est impossible de fixer un point précis.

Nous avons un odorat et une ouïe très inférieur à la leur/ tous leurs sens sont ultra développés.

Nous pensons et agissons comme des prédateurs (même les végétariens), des attaquants / ils sont des animaux de proie, des fuyants.

Nous sommes conditionnés pour attraper (tenir) / ils baissent la tête pour brouter.

Nous réagissons à l’adrénaline, plus ça monte, plus on s’accroche et plus on s’énerve / ils réagissent à la hiérarchie et se calme plus vite.

Le simple fait de les détenir dans des boxes et de leur donner de l’eau en permanence et de la nourriture de temps en temps (en plus des céréales, alors qu’ils ne sont pas censés en digérer.) est un non-sens total si on connaît juste leur métabolisme de base ; herbivore sensé manger 18h par jour des fibres très pauvres et boire 2 fois par jours de grandes quantités d’eau la tête en bas, marcher 12h par jour et ne jamais, au grand jamais, se séparer du troupeau…

Voilà où commence notre ignorance de l’être Equus caballus.

Evidement cette méconnaissance se prolonge dans l’entrainement de ceux-ci, Nous avons tous entendu parler de la fuite des pressions, nous savons que basiquement le cheval va aller là où les pressions diminuent (comme tout mammifères même nous) mais étant des prédateurs c’est pour nous bien difficile de lâcher ces fameuses pressions au moment opportun. Encore faudrait-il savoir ce que l’on veut d’eux avant même de mettre quelconque pressions.

Si nous en étions capable nous serions tous de bons dresseurs. Car cela signifierai que nous gardions notre sang froid en permanence afin de garder cette précision d’action. Mais lorsqu’un cheval panique, nous paniquons et nous nous cramponnons. De là, se crée une multitudes d’incompréhensions.

J’enseigne souvent à mes élèves d’essayer de développer ce calme en toutes circonstances, cette lucidité dans l’action (et surtout avant l’action), la vision panoramique, mais c’est ce qui prend le plus de temps.

Bien plus qu’une méthode il s’agit là d’une nouvelle manière de voir et de penser. Celle de notre opposé total. La proie. Alors ne perdez pas espoir si cela vous semble difficile, car ça l’est. Mais avons-nous le choix ? Comme dans toutes impositions de notre suprématie face à une espèce, nous avons deux choix : la force, ou la manipulation mentale douce.

95% des cavaliers optent pour la première, même sans s’en rendre compte. (Licols, cordes, barrières, rênes, qu’on utilise sans réfléchir) Le cheval est en fuite permanente (oui même au pas) et on utilise des moyens de contentions pour freiner cette fuite.

5% restant essayent la deuxième, (qui, il faut l’avouer, est bien plus compliquée car presque non naturel pour nous prédateurs (donc à apprendre longuement), mais comme chaque nouvelle langue, tellement enrichissante.) Le cheval n’est plus en fuite, il est en mobilisation (là est toute la différence) On le freinera alors avec la confiance et la maitrise émotionnelle.

En agissant comme un cheval et non comme un prédateur nous avons de multiples récompenses, comme la confiance, le respect, la stimulation mentale, le bien être…

Donc si nous résumons, nous sommes des prédateurs et agissons comme tel.

Nous ne lâchons pas, pas même nos chevaux, vieux, malades ou blessé grave, qui finirons dans des parcs seuls. Pas même les rênes aux moments où il cède, ni la jambe au moment où il avance…

Ils sont des proies et agissent comme tel,

Ils attendent que nous lâchions….. nos peurs, nos frustrations, nos fantasmes, notre ego, nos doutes, notre sensiblerie…

Virginie Bernhard