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Syndrome Naviculaire
et Pieds Nus

 

A la recherche de la vérité au sujet du syndrome naviculaire

Par Pete Ramey

L’un des domaines les plus nébuleux de la pathologie du sabot sur lequel un maréchal-ferrant puisse essayer de faire des recherches est le syndrome naviculaire. Tous les textes plus anciens se contredisent et des montagnes de nouvelles recherches sont effectuées chaque jour. La bonne nouvelle c’est que les maréchaux qui étudient les sabots de chevaux sauvages et qui parent les chevaux domestiques de façon à donner au sabot une forme plus proche de ce que la nature avait voulu, guérissent régulièrement des chevaux diagnostiqués comme étant des cas naviculaires sans espoir. Des chercheurs vétérinaires portent leurs regards dans cette nouvelle direction et sont en train de lever le voile sur les vieux mystères concernant les problèmes naviculaires.

Etant un de ces maréchaux qui en est arrivé à considérer restaurer le confort et l’utilisabilité des chevaux naviculaires comme un travail de routine, j’écris cet article dans l’espoir de familiariser d’autres personnes avec les moyens efficaces que nous avons pour traiter ce problème. Comprendre ce que sont exactement les vrais problèmes est 99% de la bataille.

Le Dr. Bowker de l’Université du Michigan se trouve sur le devant de la recherche vétérinaire qui se concentre sur la façon dont les sabots naturellement formés sont supposés fonctionner. Il a identifié le talon se posant sur le sol en premier comme l’élément le plus important du fonctionnement et, plus important encore, du développement du sabot. Il enseigne que, quand le sabot se pose sur le sol avec le talon d’abord, le sabot s’élargit et le ‘solar dome’ descend, augmentant ainsi énormément le volume de la capsule du sabot. Cette soudaine augmentation de volume crée un vacuum qui aspire le sang dans la capsule. La circulation du sang non seulement nourrit le sabot vivant mais agit également comme un absorbeur de chocs hydraulique très important.[…] Ceci est exactement le contraire de ce que la plupart d’entre nous avons appris au cours de notre formation. On m’avait enseigné à  considérer la fourchette comme une  pompe de moteur hors-bord ou de tensiomètre qui propulserait du sang au moment de l’impact. Nous savons de toute façon depuis des années que les sabots en eux-mêmes aident à la circulation mais il y a une énorme différence entre l’ancienne théorie et la nouvelle : l’expansion et le fonctionnement de la capsule du sabot dans son entier sont beaucoup plus difficiles à obtenir qu’une simple pression de la fourchette et, puisque nous savons aujourd’hui qu’elle grande importance cette expansion a pour l’absorption des chocs et la longévité, beaucoup plus importants.

Entre maintenant en scène le Dr. James Rooney de l’American College of Veterinarian Pathologists. Il est spécialisé dans l’étude post mortem des chevaux. Bien que tous les propriétaires de plus de 10 chevaux que je connaisse possèdent son livre Le Cheval Boiteux, ses découvertes étonnantes sur les changements de l’os naviculaire sont pour la plupart ignorées des communautés vétérinaires et de maréchaux. J’espère changer cela.

Nous savons depuis de nombreuses années que certains chevaux qui présentent des modifications de l’os naviculaire n’ont aucun problème alors que beaucoup de chevaux qui ne sont pas affectés par ces modifications sont sévèrement boiteux sur l’arrière du pied. On a assumé pendant longtemps que les dommages sur l’os naviculaire se produisent en premier, soit à cause d’une mystérieuse maladie génétique dégénérative, soit à cause d’un manque de circulation, soit encore, comme je le dis dans mon livre Making Natural Hoof Care Work For You, le résultat d’une pression contre-nature dans cette région du pied. Je peux encore en accepter 2 sur 3 comme étant une partie de ce qui se passe (il est certain que la théorie de la maladie dégénérative est complètement fausse). On a longtemps assumé que la douleur du syndrome naviculaire était causée par la friction sur l’os naviculaire déjà endommagé du tendon profond fléchisseur (/tendon perforant ?). Il a aussi été assumé que cette friction sur une surface rugueuse (de l’os du naviculaire en mauvais état donc) endommageait ensuite le tendon profond fléchisseur. Il y plusieurs années je me suis demandé comment cela pouvait être possible. Si c’était le cas, poser volontairement le pied sur le sol la pince la première augmenterait considérablement la douleur pour un cheval. Le seul moyen qu’il aurait de se déplacer de cette façon serait de faire supporter tout son poids par le tendon fléchisseur sur le système de poulie qui est supposé lui faire mal !

Sur les milliers de chevaux morts qu’il a examinés, le Dr Rooney a constaté que les cartilages fibreux qui entourent le tendon fléchisseur et l’os naviculaire étaient TOUJOURS endommagés si l’on était en présence de modification de l’os. Il n’a constaté absolument aucun cas où l’os commençait à être endommagé sans que les cartilages situés entre l’os naviculaire et le tendon fléchisseur ne soient eux aussi endommagés. Pas un seul cas sur plusieurs milliers. Relisez ceci si vous n’avez pas levé les sourcils à la lecture de ce paragraphe.

Plus spécifiquement, voici l’ordre dans lequel les dommages se produisent : d’abord le fibrocartilage autour de l’os naviculaire (il en va de même pour l’arthrose qui commence à apparaître sur la surface la plus convexe), puis les fibrocartilages qui entourent le tendon profond fléchisseur, ensuite le tendon fléchisseur lui-même, et, finalement, l’os naviculaire est endommagé par la surface rugueuse du tendon  fléchisseur. Comment ? Pourquoi ? Dr Rooney se l’est également demandé. En simulant une pose au sol pince la première avec des jambes de chevaux morts et à l’aide de machines il a été capable de reproduire le processus exact qui est le commencement des modifications de l’os naviculaire.

Avec une locomotion normale, talon d’abord, le tendon profond fléchisseur est rapidement tendu par le joint de la première phalange qui descend. Au même moment la troisième phalange pivote vers l’avant et relâche le tendon fléchisseur. En revanche, dans le cas d’une pose au sol pince la première, le joint qui descend est encore en train de tirer sur le tendon après l’impact mais, une fois que la pince touche le sol, le talon bascule à son tour vers le sol et tire lui aussi sur le tendon au même instant. Il faut comprendre que, dans le cas d’impact par talon le premier, nous avons une poulie qui tire alors que l’autre relâche le tendon. Dans le cas d’un impact pince la première, les deux poulies tirent en même temps. Une force bien plus grande que ne l’avait prévue la nature est appliquée à la poulie du naviculaire. Cela fait une grande différence et cela ajoute énormément à la force appliquée au tendon et à l’os naviculaire. Cette force est bien sûr largement augmentée si ce mouvement contre nature se produit sur une surface dure. Une plus grande force signifie une plus grande friction et la répétition continuelle de ceci cause des dommages dans cette région du pied. Le Dr Rooney a découvert et documenté ces importantes informations depuis de nombreuses années (la publication la plus ancienne que j’ai pu trouver date de 1974 !).

Nous savons depuis des années que les chevaux peuvent souffrir de sérieuses douleurs caudales sans que l’os naviculaire soit endommagé. Nous savons aussi depuis des années que les chevaux peuvent avoir subits des modifications spectaculaires de l’os naviculaire mais sans jamais souffrir de boiterie. Dr Rooney a prouvé et publié que c’était en fait le mouvement non-naturel de la ‘pince la première’ (généralement effectué pour éviter les douleurs de talons) qui cause la modification de l’os naviculaire, et non l’inverse comme la plupart des professionnels le pensait. Il est compréhensible que le Dr Rooney soit l’une des personnes les plus frustrées que je connaisse. Des milliers de chevaux naviculaires ont été inutilement détruis depuis qu’il a fait ces découvertes. Il était en avance sur son temps de 40 ans.

Cette ‘information perdue’ s’accorde parfaitement avec les  recherches plus récentes du Dr Bowker. Il a longuement étudié l’arrière du sabot équin sous toutes les coutures. Quand un cheval naît, ses quatre pieds sont identiques, même sous un microscope. Leur développement est incomplet ; la stimulation physique est censée finir le travail.

La base de la partie avant du sabot est la troisième phalange (P3). La sole et les parois y sont attachées de façon rigide, ce qui donne une structure ferme depuis laquelle pousser pendant la locomotion. Les cartilages latéraux sont la base de la partie arrière du sabot. Ils procurent une partie plus souple pour dissiper une grande partie de l’énergie initiale de l’impact, comme les pneus sur votre voiture. Quand un poulain naît, les cartilages latéraux sont minuscules, comme le reste du sabot. Ils font moins de 2 millimètres d’épaisseur et ne s’étendent même pas encore d’un bout à l’autre du sabot en passant sous la fourchette. Quand le pied grandit, l’évasement, la flexion et la distorsion de la capsule du sabot permettent le développement des cartilages latéraux. Quand ils atteignent l’âge adulte, les chevaux sauvages ont développé des cartilages de presque 2,5 cms d’épaisseur et une solide base de cartilage s’est formée entre la fourchette et le coussinet plantaire.

Pendant ce temps le coussinet plantaire continue à se développer lui aussi. Le coussinet plantaire est un important centre nerveux du pied. En fait, la plupart des propriocepteurs du pied se trouvent dans le coussinet plantaire. Quand le poulain naît, le coussinet plantaire est composé de graisse. Il offre la quantité d’exposition correcte pour que les nerfs puissent ‘ressentir’, mais offre aussi la protection nécessaire pour que le léger poulain ne ressente pas de douleur quand il pose le pied sur le sol.

Chaque fois que le pied frappe le sol, la pression et le relâchement de la fourchette amènent un peu de fibrocartilage à se former depuis l’avant du coussinet plantaire pour s’étendre ensuite vers l’arrière. Quand le cheval sauvage atteint son poids d’adulte, le coussinet plantaire doit s’être transformé en une masse solide de fibrocartilages qui offrira ainsi la protection nécessaire aux nerfs contre la force d’un impact d’un cheval adulte.

Cependant nous élevons en général nos poulains domestiques sur des sols souples. La capsule du sabot ne peut pas se tordre et le développement du coussinet plantaire prend du retard. Ensuite nous avons tendance à ferrer les chevaux à l’âge de 2 ans et cela empêche aussi le sabot de se twister et de se fléchir, mettant ainsi un frein total au développement. Nous obtenons donc ce résultat très commun : des sabots de taille adulte qui ont encore des cartilages latéraux parfois fin de 3 millimètres au lieu des 2,5 cms naturels qu’ils devraient avoir.

Dans le même temps, le terrain souple sur lequel nous élevons traditionnellement nos poulains limite les pressions sur la fourchette. Nous offrons également à nos poulains tout ce dont ils ont besoin et ils aucune raison d’effectuer les 30 kms par jours qu’ils feraient dans la nature. Nous avons tendance à négliger les sabots des poulains, permettant ainsi aux talons de trop pousser et de sur-protéger la fourchette, ce qui réduit encore la pression sur cette dernière tout le long de la croissance du poulain.

Le résultat de tout cela est que, de façon très consistante, le développement du coussinet plantaire prend du retard chez les chevaux domestiques. L’arrière du pied est trop sensible pour être ‘le point d’impact’ qu’il est supposé être et nos chevaux prennent donc l’habitude de commencer à poser la pince en premier pour éviter la douleur. Ce mouvement interrompt le développement de l’arrière du pied.

[Vous pouvez facilement apprendre à sentir le développement complet du coussinet plantaire avec le bout de vos doigts. Prenez un pied et pressez la région au dessus des bulbes (/glomes ?) ; entre les cartilages latéraux vous trouverez un endroit beaucoup plus ferme et dense si le coussinet plantaire et bien développé. Le moyen le plus facile pour apprendre à repérer cet endroit est de comparer les antérieurs et les postérieurs, surtout quand le cheval à de beaux et sains sabots postérieurs et des sabots antérieurs en mauvais états.]

 Quand les chevaux domestiques sont montés pour la première fois, l’arrière de leur pied est pratiquement inutile et peut causer des douleurs sur des terrains caillouteux. Ce problème apparaît plus sur les sabots antérieurs que les postérieurs. Beaucoup d’entre nous ont appris que le cheval a plus de problèmes sur les pieds avant que sur les pieds arrières parce que 60% de son poids, et presque la totalité de celui du cavalier, porte sur eux. Cela est vrai pour un cheval à l’arrêt mais, une fois que le cheval se met en marche, l’arrière main fournit beaucoup plus d’effort.

Dès le moment où les poulains savent marcher, ils se servent glorieusement de leur arrière-main pour bouger pendant leur période d’exubérance. Le cheval domestique développe ainsi de façon très consistante leurs pieds arrière plus complètement. C’est une chose importante à savoir. C’est la seule raison pour laquelle les pieds qui travaillent le plus chez le cheval (les pieds arrière) ont une plus grande résistance à la fourbure et à la maladie naviculaire et tendent à être en général plus résistants et plus sains. Ce n’est donc pas en dépit du fait qu’ils travaillent plus que les pieds avant mais justement grâce à cela.

Donc quand nous discutons de la pathologie derrière la maladie naviculaire, nous devons comprendre que le vrai problème réside dans le fait que la plupart des chevaux domestiques sont incapables d’atterrir sur leurs talons sur un sol mou et encore moins sur le terrain rocailleux qu’ils étaient destinés à parcourir. Quand un cheval est sensible sur un terrain caillouteux beaucoup de gens blâment la sole, mais regardez bien leur façon de marcher. Dans la quasi-totalité des cas ils vont raccourcir leurs foulées, atterrir sur la pince et se pencher en avant. Ils protègent leur fourchette et coussinet plantaire sensibles. Dr Bowker a prouvé que plus ils essaient de se déplacer de cette façon plus les structures du pieds s’affaiblissent.

Les impacts pince la première répétés accentuent la tension et déchirent l’attachement du ligament impair (l’attachement de P3 et de l’os naviculaire). L’os naviculaire fait partie d’un système articulé entre P2 (l’os de la couronne) et P3. Lorsque le cheval atterrit sur la pince, le poids du cheval se répercute violemment sur l’os naviculaire quand le talon bascule vers le bas. Cela torture constamment le ligament impair. 80% de l’approvisionnement en sang de l’os naviculaire passe par ce ligament. Bowker blâme une perte de la circulation à travers le ligament pour beaucoup des modifications de l’os naviculaire, ainsi que pour le fait que les tentatives pour réparer cet attachement laissent des ossifications sur P3 et l’os naviculaire.

L’Université du Michigan a aussi découvert que la perte d’os souvent diagnostiquée comme maladie naviculaire est le résultat d’une absence de pression naturelle (pensez à la perte osseuse subite par les astronautes durant de longs séjours dans l’espace) sur la région du pied due à des atterrissages sur la pince répétés ; le Dr Bowker trouve constamment beaucoup plus de dégâts sur P3 chez les chevaux naviculaires, avec une perte de 40-60% de la masse osseuse très commune sur P3. Plus spécifiquement, il met en cause la charge périphérique, ou la charge sur les seules parois sans l’aide de support naturel de la sole et les atterrissages sur la pince. Chaque cas de figure prive P3 de la pression naturelle dont il a besoin pour rester en bonne santé et fonctionner correctement.

Bien que les Dr Rooney et Bowker aient trouvés des causes différentes pour les modifications de l’os naviculaire, tous deux sont formels sur le fait que c’est le résultat d’atterrissages sur la pince répétés sur le long terme ou l’absence d’utilisation de l’arrière du pied. Les chevaux sauvages du désert frappent l’arrière de leurs pieds en premier sur tout type de terrains. [The Natural Horse ; Jackson] La plupart de leurs frères domestiques sursautent avec douleur quand on racle un cure-pieds le long de leur fourchette ou de la fente centrale et cela devrait inquiéter les propriétaires de tels chevaux.

Par le passé (et, malheureusement, on le voit encore aujourd’hui), quand un cheval avait des allure pointées ou bien posait le pied sur le sol la pince la première en raccourcissant ses foulées, on suspectait le syndrome naviculaire. Les nerfs à l’arrière du pied étaient endormis pour voir si cela rendait le cheval temporairement non boiteux, ou bien peut être que des testeurs étaient utilisés sur le sabot pour rechercher des douleurs éventuelles le long de la fourchette et des talons. S’il était confirmé que le cheval avait mal sur l’arrière du pied, des radios étaient prises pour vérifier si l’os naviculaire avait subi des modifications. Si ces radios étaient positives, on donnait le choix au propriétaire : soit on euthanasiait le cheval, soit on proposait d’utiliser des ferrures orthopédiques pour tirer quelques années de plus d’utilisation du cheval condamné. Je vois tous les jours qu’un coussinet plantaire fragile ou une fourchette malsaine sont assez pour amener le cheval à atterrir pince la première. Les Dr Rooney et Bowker ont prouvés que favoriser une telle façon de marche causait des dégâts sur le fibrocartilage de l’os naviculaire et du tendon fléchisseur et que les modifications de l’os de la vraie maladie naviculaire se produisent plus tard. En d’autres mots, c’est la douleur ressentie dans les talons qui cause la maladie naviculaire. J’ai vu de mes yeux que, quand les vrais problèmes qui causent de la douleur au cheval sont écartés/résolus, la présence d’un os naviculaire modifié ne cause pas de douleur au cheval (autant que nous pouvons en juger). Il est triste de penser à tous les chevaux qui ont pu être euthanasiés pour cause de dégénérescence chronique.

Quand nous faisons face à une telle situation, nous avons deux options.  La première est de masquer le problème avec des eggbars, pads, fers à l’envers…en faisant en sorte que la fourchette ne touche jamais le sol. Cette solution serait adaptée si elle ne causait pas ces forces destructrices qui travaillent ‘en cachette’, sans que l’on s’en aperçoive. D’une part, plus nous protégeons la fourchette et le coussinet plantaire, plus ils vont perdre leurs facultés à fonctionner correctement. Masquer les vrais problèmes en s’attaquant à des symptômes va automatiquement nous retomber sur le dos un de ces jours. Pire encore, en faisant ceci nous supprimons l’expansion naturelle et l’absorption hydraulique des chocs. Quand nous relevons les talons pour protéger la fourchette douloureuse, les chocs ne peuvent pas être correctement absorbés par l’apparatus suspenseur non plus et, si l’on regarde la chose en prenant en compte le squelette (ce qui est pertinent pour le cheval), une pose du pied pince la première est quelque chose de forcé de toute façon (essayez un peu de courir avec des chaussure à talons hauts ou des bottes de cowboy à talons et vous verrez exactement ce que je veux dire). Il faut comprendre que toute cette discussion à propos du talon frappant le sol en premier relève de l’alignement naturel des os durant la locomotion et PAS du talon extérieur que nous voyons. Si les talons d’un cheval sont relevés artificiellement et qu’il se trouve qu’ils frappent le sol en premier, P3 (à l’intérieur donc !) pourra QUAND MEME atterrir pointe la première au moment de l’impact et causera ainsi les mêmes forces contre nature.

Toutes ces recherches peuvent être résumées à ceci : La notion traditionnelle selon laquelle élever les talons procure un relâchement du tendon fléchisseur qui diminue la pression sur l’os naviculaire est fausse. Cela peut être vrai pour un cheval immobile mais c’est tout le contraire pour un cheval en mouvement. Un talon bas, un fonctionnement sain du sabot et un talon qui se pose sur le sol en premier minimisent la tension sur le tendon fléchisseur et donc sur la région naviculaire.

La conséquence de ce mouvement non naturel et de la dissipation de l’énergie naturelle est que la plupart des gens pensent qu’il est normal pour les chevaux d’avoir des problèmes d’articulations et de dos, et d’être simplement ‘vieux’ dès qu’ils atteignent l’âge de dix ans. La vérité est que les chevaux vivant dans la nature sont en bonne santé et pleins de vie en moyenne 3 fois plus longtemps que les chevaux domestiques. [cf Jackson]  Une des grandes raisons de cette extraordinaire différence est l’usure et la dégradation que nous infligeons à leurs corps avec ce même mouvement contre nature dont nous parlons ici.

Cela ne me dérange pas de me lancer dans des débats Fers / Pieds Nus avec les gens. Un maréchal ferrant bien éduqué peut trouver des arguments convaincants en faveur du ferrage et un débat animé me garde motivé. Cependant, au vue de la recherche moderne sur le développement du sabot, je pense humblement que les vétérinaires devraient intervenir et se mettre en rage si quelqu’un ferre un cheval avant que le développement du sabot soit achevé !

Quelle est donc l’autre option quand on a un cheval naviculaire ? Fixer les vrais problèmes. Cela se fait en remettant la fourchette et le coussinet plantaire au travail. (J’espère que personne ne va essayer d’apprendre à parer avec cet article. J’ai écrit un livre entier, d’innombrables articles et je fais partie d’un grand programme d’apprentissage, l’AANHCP, pour cela) La sole du cheval doit être laissée tranquille pendant que les talons sont graduellement rabaissés pour augmenter la pression sur la fourchette—à discrétion, autant que le cheval peut le supporter. C’est comme marcher sur un fil tel un équilibriste. Si vous y allez trop lentement vous ne ferez pas de progrès. Si vous y allez trop vite le cheval sera trop sensible à l’arrière du pied et marchera sur la pince de toute façon ; pas de progrès non plus (lire ‘Heel Height : The Deciding Factor’ sur www.hoofrehab.com). Cette capacité à marcher sur ce fil sépare les maîtres des incompétents quand on parle de parage de sabots. Evitez de toucher à la fourchette sauf pour enlever des tissus déjà détruits par la maladie. On doit lui permettre de se durcir comme la sole. Laisser le ‘Breakover’ à sa place, en relation avec P3.

[Définition : Breakover= Le point sur le dessous du pied qui est encore au contact du sol au moment où le talon le quitte. Il n’est pas juste au centre du la pince, mais tout autour du sabot car les chevaux ne se déplacent pas toujours en ligne droite sur des sols parfaitement plats. En effet, ils tournent, donc le breakover peut arriver n’importe où autour du périmètre du pied.]

(Lire ‘Breakover’ sure www.hoofrehab.com)

Faites tout ce que vous pouvez pour que les chevaux gardent les pieds au sec. Des paddocks et boxes bien nettoyés ou des paddock avec des gravillons doivent être mis à disposition des chevaux quotidiennement si vous vivez dans une région très humide. C’est étonnamment facile et peu onéreux à entretenir (Dr Bowker va plus loin et dit : « Votre cheval doit dormir sur le terrain sur lequel vous comptez monter », mais sa position lui permet d’être plus audacieux que moi n’est-ce pas ?). Essayer de procurer au cheval beaucoup d’occasions de se défouler avec d’autres chevaux et montez souvent sur des terrains qui permettent au cheval de poser le talon au sol d’abord. Utilisez des hipposandales (je préfère les Easyboot Epics dans la plupart des cas) quand vous montez sur des terrains qui forcent un atterrissage pince en premier ou qui sont un peu douloureux sur les fourchettes et talons encore sensibles. Laissez le cheval pieds nus le reste du temps. Le sol va renforcer l’arrière du pied et, élever la fourchette plus au-dessus du sol, gênant la stimulation et la circulation avec un fer permanent, ne peut que travailler contre nous.

Souvent, les chevaux avec une fourchette et un coussinet plantaire un peu malsains se déplaceront pince la première sur tous les terrains, même en fers ou hipposandales. J’ai découvert qu’en rajoutant un pad en mousse, sous la fourchette, dans la sandale les chevaux se déplacent de suite confortablement et correctement. Puisque la sandale à elle seule enlève effectivement la pression sur la fourchette et que l’ajout d’un pad augmente de beaucoup cette même pression sur la région du pied, je ne peux qu’assumer que la douleur d’origine est causée par des vibrations plutôt que par la pression. Peut-être que la diminution des vibrations est un but important de la fourchette et du coussinet plantaire et que le pad les imitent artificiellement. Les chevaux décrits ici font des progrès phénoménaux quand montés souvent avec ce type de sandales.
J’utilise des sandales Epic pour cela et découpe des tapis de selle en néoprène pour faire mes pads. (Un nouveau tapis de chez EasyCare sera dispo à partir de janvier 2006, il dure plus longtemps que les tapis de selle). Si la sandale va parfaitement au cheval je coupe un morceau de tapis de la forme d’une fourchette, le fixe sous le sabot avec du ruban adhésif et puis je mets la sandale. Si la sandale est un peu trop grande, je coupe le pad de façon à remplir le fond entier de la sandale et l’utilise donc comme ‘semelle’. Il faudra cependant marquer quelle sandale va sur quel pied car chaque sabot va mettre sa marque distincte sur le pad-semelle.

Vous pouvez vous amusez à créer différentes combinaisons de pads et toujours trouver une combinaison qui va mettre votre cheval à l’aise comme rien d’autre au monde. Des kilomètres de monte avec ces sandales va développer les structures internes plus rapidement qu’aucune autre méthode que je connaisse et va vous permettre de monter sur votre cheval alors que cela ne serait pas possible avec d’autres méthodes. C’est vraiment comme un coup de baguette magique pour un cheval naviculaire ! (Lire l’article Boots and Pads sur www.hoofrehab.com pour des descriptions plus détaillées ainsi que des photos).

Très rapidement la fourchette et le coussinet plantaire vont se renforcer et le cheval va trouver son confort. S’il y a eu des dommages sur l’os naviculaire, ils seront toujours là longtemps après que le cheval soit bien dans ses sabots, mais le cheval ne s’en rendra probablement pas compte. Certains disent que les dégâts peuvent être réparés naturellement sur le long terme mais peu de gens semblent s’en soucier quand le cheval se sent bien donc je n’ai jamais vu personne prouver ou documenter cette théorie. J’ai été très excité de découvrir que le Dr Bowker est en train de méthodiquement documenter l’amélioration de la santé du sabot du cheval naviculaire sur le long terme. Il me tarde qu’il publie ses résultats. Le Dr Rooney maintient toujours qu’une fois que les modifications osseuses de la vraie maladie naviculaire commencent, elles sont irréversibles. De mon côté par contre j’ai vu de mes propres yeux ces chevaux revenir à une utilisation montée et un bonheur apparent avec une régularité étonnante. Alors que nous argumentions sans relâche, je commençai à penser que nous allions devoir nous ‘mettre d’accord pour ne pas être d’accord’. Et puis je me suis rendu compte que nous parlions de deux choses différentes. Je vais me prendre comme exemple. Etant adolescent, un soir je suis monté dans la mauvaise voiture et je me suis gagné 4 vertèbres au bas du dos complètement figées ensembles par des chirurgiens. Mes poignets sont endommagés de façon permanente à force de me soutenir par le bout de mes doigts durant ma période ‘escalade’. Les motos cross se sont chargées de mes épaules. Courir dans des lits de rivières asséchées a liquidé mes genoux. Serait-il possible de me déclarer cliniquement sain ? Non. Mes radios révèleront toujours les erreurs de mon passé et un bon test de flexion me paralyserait probablement pendant 3 jours. Je suis très heureux cependant, et je fais un des métiers les plus difficiles au monde physiquement avec un grand sourire tous les jours. Cela me suffit et cela suffit probablement à la plupart des chevaux naviculaires également

 Quand les modifications de l’os naviculaire sont traitées comme un symptôme d’une simple perte du fonctionnement et de sensitivité de l’arrière du pied, guérir un cheval boiteux est en général une tâche facile. J’ai personnellement vu de nombreux chevaux avec des changements naviculaires confirmés, qui ont endurés des années de souffrance pendant que les propriétaires payaient les factures pour des ferrures orthopédiques, arrêter de boiter seulement quelques jours après le premier parage correct et une occasion de passer pieds nus. Parfois cela prend plus de temps bien sûr, mais il ne m’est encore jamais arrivé d’échouer sur un seul cas de cheval naviculaire. (Oui, je sais que cela arrivera un jour, mais j’ai écris la même chose dans mon livre il y a 5 ans. J’attends toujours). La meilleure chose qu’un lecteur puisse retirer de cet article est que tout ce dont nous avons discuté peut être évité. Nous ramenons l’espérance de vie et le potentiel athlétique de nos poulains à un très jeune âge. Prenez soin des sabots de vos bébés, assurez-vous qu’ils aient assez d’exercice et faites en sorte qu’ils passent quelques temps sur des sols secs et durs. Soyez certains que la fourchette et le coussinet plantaire de votre cheval sont assez résistants pour permettre l’expansion du sabot et un talon qui touche le sol en premier en toutes situations. Vous avez tout à y gagner.